Retour

LE 11 DE LA DÉCENNIE : EMILIANO SALA

le 31 mars 2020
Chamois Niortais FC

“C’est un Argentin, qui ne lâche rien! Emiliano Sala! Emiliano Sala! Emiliano Sala!”
Comment ne pas finir ces portraits du onze de la décennie par celui de la personne qui nous manque à tous. Episode #11: Emiliano Sala.
Tout a déjà été dit sur ce fantastique joueur/homme qui nous a tragiquement quitté en janvier 2019 dans les conditions que l’on connait. On vous propose malgré tout de lui rendre un nouvel hommage.

Emiliano est né le 31 octobre 1990 à Cululu en Argentine. Il effectue ses débuts dans le football au Club San Martin, et ce jusqu’à ses 15 ans. C’est alors qu’il intègre un centre de formation en l’occurrence celui de Proyecto Crecer. Ce centre à la particularité d’être une filiale du club français des Girondins de Bordeaux. Il y poursuit sa formation jusqu’à atteindre la catégorie seniors.
Emiliano a 19 ans, et c’est alors que Bordeaux décide de le faire venir en France, il est considéré comme un réel espoir. Comme souvent il faut un certain temps d’adaptation, il faut dire que le changement est radical, notamment d’un point de vue culturel. Jamais simple pour un jeune de 19 ans. Cependant il fait le dos rond, prend son temps, et joue avec l’équipe réserve des Girondins pendant deux saisons. Il participe à une quinzaine de rencontres par saison en inscrivant à chaque fois 6 buts.

La réserve bordelaise évolue en CFA. Le club décide donc de le prêter afin qu’il poursuive sa progression. Emiliano fait donc ses valises pour Orléans qui évolue en National. C’est une belle opportunité pour lui de passer un cap et montrer ce qu’il vaut à l’échelon supérieur. Il arrive donc dans le Loiret à l’été 2012, avec beaucoup de questions. Mais qui est ce jeune Argentin?
Il ne tardera pas à se faire un nom. Aucun problème de palier pour Emiliano qui survole la saison de National. Il participe à 37 rencontres et inscrit pas moins de 19 buts, faisant de lui le co-meilleur buteur du championnat. Les Orléanais terminent même proches du podium. Emi est une vraie révélation.

Il retourne donc à Bordeaux à l’issue de la saison. Cependant les Girondins ne le considèrent pas encore prêt pour rejoindre le groupe professionnel. Dans le même temps un peu plus au nord, les Chamois Niortais par leur Manager Général de l’époque Karim Fradin ont d’ores et déjà repéré le garçon et le veulent absolument pour renforcer leur secteur offensif. L’occasion est parfaite. Emiliano va pouvoir poursuivre sa progression et ce en montant encore d’un niveau. Il va donc faire ses débuts en professionnel. À son arrivée, un peu comme à Orléans malgré sa belle saison passée, c’est l’inconnue pour les supporters. Grand gabarit, plutôt physique, certains émettent des doutes quand à ses qualités techniques, et ses trois première rencontres sans marquer ne vont pas aider. Mais Emiliano est un énorme travailleur. Combatif à l’extrême, il est dans la pure tradition Argentine faisant montre d’une débauche d’énergie impressionnante sur le terrain, défendant corps et âme quand l’adversaire à le ballon, à base de longs sprints défensifs. On se dit même que ce sont ces multiples efforts qui le pénalisent pour garder la lucidité devant le but. Mais il parvient à ouvrir son compteur but lors de la 4ème journée sur la pelouse de Metz. Il récidive le match suivant à domicile en offrant la victoire aux Chamois contre Arles.

La machine est lancée. Enfin semble-t-il. Emi connaitra un petit trou d’air passant six rencontres consécutives sans marquer. C’est alors qu’il va réaliser sa première série. Il va inscrire 4 buts en 4 matchs dont un doublé à René Gaillard face à Lens. On distingue de mieux en mieux les qualités de buteur du garçon, et il est déjà très apprécié par les supporters comme par ses coéquipiers. Discret, d’une gentillesse incroyable, c’est aussi son humilité qui frappe. Emiliano ne dira jamais non à une demande d’interview, sera toujours disponible.

Et pourtant, l’histoire va se répéter. Malgré une très bonne phase pour les Chamois qui gagneront cinq matchs d’affilée, il ne marquera pas. Cette disette durera 11 matchs. Ceci dit il est indéniable que malgré le manque de statistiques, sa présence est primordiale dans le collectif Niortais. Il a pris ses marques, et encore une fois agit comme le premier défenseur. Ses efforts perpétuels sont une énorme plus-value et soulagent ses coéquipiers. 6 buts inscrits en 26 rencontres, cela semble peu, mais le meilleur reste à venir.

En effet, Emiliano va devenir inarrêtable. Sur les 12 derniers matchs de championnat il va trouver le chemin des filets à…12 reprises! Une véritable machine que plus rien n’arrête. Six buts en cinq matchs de la 27ème à la 31ème journée, avec notamment un chef d’oeuvre face à Angers. Emiliano n’est pas attaqué et envoie une splendide frappe du droit de près de 25 mètres qui termine dans la lucarne. Un coup de génie qui le fait basculer dans une nouvelle catégorie: c’est le chouchou de René Gaillard. Et dans le même temps les Chamois se prennent à rêver. En effet avec cette belle série ils montent sur le podium de la Ligue 2. Performance incroyable pour l’un des plus petits budgets du championnat. Et force est de constater qu’Emiliano n’est pas étranger à cette belle réussite.

Malheureusement pour les Niortais, ils ne gagneront que deux de leurs sept derniers matchs, les éloignant du rêve de la montée. Mais Emiliano lui ne baisse pas de pied. Il inscrit même son premier triplé en professionnel lors du déplacement à Laval, et marquera lors des deux dernières journées. Au total, les chiffes donnent le tournis: 37 rencontres disputées pour 18 réalisations. Il devient alors un membre un membre à part dans l’histoire du club: il établit le record du nombre de buts inscrits en une saison en championnat pour un joueur des Chamois. Sur près de 90 ans d’histoire, c’est une performance exceptionnelle. D’autant plus lorsque l’on remet les choses dans leur contexte: un jeune Argentin qui n’a jamais joué en pro. C’est tout bonnement ahurissant et Emi est désormais une légende dans les Deux-Sèvres. On peut même ajouter ses trois réalisations en Coupe de France portant son total de buts à 21 en 39 rencontres. Exceptionnel.

Le Président du Chamois Niortais FC, Karim Fradin, livrait ses impressions sur Emiliano auprès de nos confrères de France 3 Pays de la Loire il y a quelques semaines de cela:

“Emiliano c’est la générosité, la bienveillance, la valeur de l’effort, que des notions positives. C’était le profil parfait pour nous, il nous manquait un vrai buteur. Mais un buteur particulier, il ne fait pas qu’attendre les ballons, c’est aussi un superbe coéquipier qui se dépense sur l’aspect défensif. Il fallait même parfois lui dire de se calmer sur ce type d’effort parce qu’il était très généreux, afin de se focaliser sur l’aspect offensif pour qu’il soit frais lorsqu’il reçoit les ballons dans la surface.
Le sens du but ça ne s’acquiert pas facilement, et Emiliano lui, il l’a eu très tôt. Après il y a d’autres aspects: le jeu avec les autres, l’esprit tactique, technique. Mais déjà quand un attaquant marque des buts, il remplit sa première mission.
Il avait toujours cette envie de marquer, de faire la différence, de rendre service à l’équipe.
Humainement c’est quelqu’un de tellement riche, justement dans cet aspect collectif. Vous êtes souvent sur le terrain ce que vous êtes dans la vie. Lui était toujours à l’écoute des autres, des supporters, du club, de ses coéquipiers. Sur le terrain il transpirait ce qu’il était dans la vie.”

Nouveau retour à Bordeaux. On se dit alors qu’il va enfin avoir sa chance, d’autant plus que le nouvel entraineur des Girondins, Willy Sagnol, lui exprime clairement sa volonté de le garder car il compte sur lui. Mais une fois encore cette confiance affichée ne se vérifie pas vraiment dans les faits. Il jouera pourtant le début de saison et inscrira même son premier but en Ligue 1 sur pénalty face à Monaco lors de la 2ème journée. Cela n’empêchera pas le staff d’écarter petit à petit Emi, qui ne jouera quasiment plus à partir de la 12ème journée. Gestion contestable, manque de confiance à son égard, tout prête à débat. En attendant, la direction Bordelaise décide une fois encore de le prêter, mais cette fois-ci en Ligue 1.

Direction la Normandie, et le SM Caen. À son arrivée fin janvier 2015, les Caennais sont 18ème. Mais Emiliano est rapidement décisif et l’équipe remporte 4 de ses 5 premiers matchs avec lui dans ses rangs. Il en profitera pour inscrire 4 buts dans ce lap de temps, et l’équipe remonte à la 12ème place. Impact immédiat. Il se révèle être le chainon manquant de cet effectif. Finalement il inscrira encore un but, et le club se maintiendra dans l’élite. Comme quoi quand on lui fait confiance…

Et pourtant de façon incroyable les Bordelais ne compteront toujours pas sur lui. Tant pis pour eux, il sera transféré à l’été 2015 au FC Nantes.
Lors de sa première saison chez les Canaris, Emiliano mettra un peu de temps à se mettre en route. L’équipe est confortablement installée au milieu de tableau, et bien qu’il joue la majeure partie des rencontres, il n’inscrira que 6 buts au total. Pas de quoi le décourager, le meilleur reste à venir.

Lors de l’exercice 2016/2017, il commence à être décisif à partir de la 7ème journée. En 5 matchs il trouvera 3 fois le chemin des filets et délivrera également 2 passes décisives. Dans une passe délicate, le club alors relégable va progressivement remonter au classement sous l’impulsion de son Argentin qui sur les 12 derniers matchs marquera à 7 reprises pour 2 nouvelles offrandes. Les nantais terminent à une belle 7ème place et Emi est adopté par la Beaujoire.

Toujours aussi généreux sur le terrain, sa hargne et sa rage de vaincre font de lui le nouveau chouchou des supporters. Et la saison suivante sera celle de la confirmation. Emiliano va disputer 36 rencontres pour inscrire une nouvelle fois la bagatelle de 12 buts. Il est l’un des artisans principaux de la superbe saison nantaise qui seront longtemps à la lutte pour une place européenne. La fin de saison sera plus délicate et ils termineront tout de même à une satisfaisante 10ème place. Emiliano lui, qui en aura aussi profité pour ajouter 3 nouvelles passes décisives à son compteur, est désormais sans l’ombre d’un doute un vrai bon attaquant de Ligue 1. Même si certains pouvaient émettre des doutes par le passé…

Aout 2018, une nouvelle saison débute. Et Emiliano est en feu. On ne parle plus que de lui. La raison? Des performances tout simplement incroyables. Sur les treize premiers matchs, il va trouver le chemin des filets à 11 reprises, sachant qu’il a manqué le match face à l’OL. Les nantais pourtant en grande difficulté s’en remettent presque exclusivement à leur buteur qui va affoler les compteurs avec 7 buts en 4 matchs. Avec de telles statistiques, il attire les convoitises. Le plus grand championnat du monde lui fait de l’oeil, et le 19 janvier 2019 il est transféré à Cardiff au Pays de Galles pour découvrir la Premier League. La machine est en route et plus rien ne semble pouvoir l’arrêter.

Malheureusement le destin en décidera autrement. D’une cruauté absolue, il ôtera la vie à Emiliano lors d’un tragique accident d’avion seulement deux jours plus tard, alors qu’il était revenu à Nantes pour dire au revoir à ses coéquipiers. Nous n’allons pas revenir en détails sur ce drame, ce n’est pas l’objet de ce papier. Il est juste important de dire qu’à cet instant le monde du football dans sa globalité est extrêmement touché, révélant tout l’amour que les gens pouvaient lui porter, de façon équivalente à la générosité et la gentillesse qu’Emiliano dégageait au quotidien.
Nous avons tous perdu un fantastique footballeur, mais aussi bien plus que ça. C’est un homme exceptionnel qui nous a quitté. Les hommages de par le monde se multiplient, et pas une seule personne parmi celles qui l’ont côtoyé ne se sent alors pas abattue. Y compris la personne qui écrit ces quelques lignes…

Une chose est sûre, Emiliano aura marqué son monde, autant qu’il aura marqué de buts. Dans la difficulté, l’adversité, il aura toujours fait preuve d’un mental à part. Dans ce monde parfois cruel il existe des personnes qui sont tout simplement bonnes. Emiliano était l’une d’elles.
Merci pour tout champion, nous pensons à toi où que tu sois.

Cet article est dédié à la famille et aux proches d’Emiliano à qui nous pensons fortement.

Et parce que la beauté du sport est plus forte que tout, nous vous proposons l’intégralité des 18 buts en championnat sous les couleur de la Team Chamois:

LE 11 DE LA DÉCENNIE : ANDE DONA NDOH CHAMOIS RÉTRO : J09, NIMES-CHAMOIS 22/09/2017 LE 11 DE LA DÉCENNIE : ANDE DONA NDOH CHAMOIS RÉTRO : J09, NIMES-CHAMOIS 22/09/2017
poujoulat_Chem_2017_sansBL_Frblanclogo macif v2logo graphic 2019 1 blancLogo CA blanclogo maif blanc v2erima blanclogo solnet blancLogo_Cachet_Giraudlogo_na_horiz_BLANC_2019Logo Departement blancLogo Ville de Niort blanclogo niort agglo blanc
Ensemble atteindre les sommets